Enquête sur les pratiques numériques des étudiants de 18 – 25 ans

Enquête sur le niveau de culture numérique des étudiants à l’Université 

A chaque rentrée universitaire à ‘lUCO de Nantes, je propose aux étudiants de 1ere année en Information-Communication un questionnaire sur leurs pratiques numériques et leurs connaissances en culture numérique, que je compare aux récentes enquêtes et statistiques sur les usages du numérique par les jeunes de 18 à 25 ans.

Il existe encore malheureusement assez peu d’études sur les pratiques et les usages du numérique par les étudiants, alors que paradoxalement, ils sont censés l’utiliser au quotidien dans leurs études, pour la recherche d’information, suivre l’actualité, rédiger des dossiers, collaborer entre eux, communiquer avec l’université et avec les enseignants, rechercher des ressources, un stage, une formation, etc. 

Dans cette enquête, nous avons ciblé des étudiants, entre 17 et 25 ans de l’UCO de Nantes, pour qui j’enseigne la culture numérique et la préparation à la certification PIX. Au début de chaque semestre, je propose aux étudiants de passer un test de positionnement, afin de mieux connaître leur niveau global. 123 étudiants ont répondus, dont 85 en L1 et 38 en L3. 

Dans notre enquête, il s’agit de connaître leur niveau de culture numérique, à la fois sous forme d’une auto évaluation, de questions sur leurs pratiques numériques et sur leurs connaissances de base. Il n’y a donc pas vraiment de questions pièges, l’intérêt est de voir comment ils s’auto-évaluent et quel est a priori, et après débriefing des questions, leur réel niveau de connaissance en culture numérique et leurs attentes. 

Nous avons renseigné l’essentiel des résultats de notre enquête pour l’année 2018-2019 dans l’infographie ci-dessous. Bien évidemment, le segment étudié étant restreint, nous ne pouvons ici être exhaustifs, ni parler au nom de tous les étudiants, mais nous tenterons de dessiner des tendances.

Un niveau de culture numérique estimé à moyen en L1 à bon en L3

Quant à leur niveau de culture numérique, les L1 estiment à 59% avoir un niveau moyen, 34% un bon niveau, 5% un niveau faible, 1% a un très bon niveau. On le voit, les nouveaux arrivants, sont assez confiants dans leur auto-évaluation et restent relativement modestes, voire réalistes, ils ne cèdent pas au mythe du digital native, conscients d’avoir un niveau plutôt moyen, et donc à améliorer. Seul 1% estime avoir un très bon niveau. 

Pour les étudiants de L3, la tendance semble s’inverser vers une amélioration du niveau général: 59% pensent avoir un bon niveau de culture numérique, 34% un niveau moyen et 1% toujours un très bon niveau. Aucun.e ne signale un niveau faible. 

La mobilité en priorité

Les 18-25 ans sont maintenant 98% à posséder leur propre smartphone.

Dans leurs pratiques, ils utilisent autant leur téléphone portable que leur ordinateur portable, à 97% pour les L3 et à 82% et 70% respectivement pour les L1. Suivi des enceintes bluetooth, de l’ordinateur fixe, de la tablette à 20% et des jeux à 20%. 

Le temps passé sur Internet est de 5h à 6h en moyenne par jour. Les L1 sont 50% à passer 5h à 7h (ou plus) de temps sur Internet, alors que les L3 sont 75%, l’utilisation est donc croissante avec le niveau d’étude. 57% des étudiants de L1 passent leur temps à se divertir sur Internet, tandis que plus on avance dans les études, plus les étudiants passent autant de temps à étudier qu’à se divertir, à 47% pour les L3.

Un besoin de formation clairement exprimé

Concernant le besoin en formation, 81% des L1 et 76% souhaitent avoir un enseignement en culture numérique pour leurs études: pour maîtriser les outils web, pour améliorer leurs compétences et connaissances numériques, et ainsi maîtriser les outils qui peuvent leur servir dans leurs études. Pour 50% des étudiants, il s’agit d’améliorer leur niveau personnel de connaissances et de culture générale. 

Les étudiants se sont formés par eux-mêmes et ils ne savent pas comment fonctionne Internet ni les GAFAM

Plusieurs constats sont édifiants, même si on s’y attend, vu le retard français et la quasi absence d’éducation à l’informatique et au numérique dans le secondaire et à l’université. 

  1. Autodidactes. Les étudiants de L3 (seuls interrogés sur le sujet) sont des autodidactes de l’informatique et du numérique. Ils affirment à 80% s’être formés par eux-mêmes, au fil du temps, ‘en bidouillant’. 10,5 % ont appris avec leur entourage, famille ou amis. Seulement 5% évoquent avoir appris lors de cours au lycée, et 2% à l’université. On voit ici toute la défaite et l’insuffisance criante de l’enseignement tant secondaire que supérieur dans ce domaine. 
  2. Avec des fortes lacunes. Ce premier constat explique clairement un second constat tout aussi effarant: les étudiants ne savent pas comment fonctionne Internet. Question pourtant fort simple et basique sur cet outil qu’ils utilisent depuis qu’ils ont 10 ou 11 ans. Pour 81% des L1 (soit 70 élèves) et 58% des L3, Internet fonctionne par satellite, et non par câbles. Seuls 17% des L1 ont bien répondu par câbles (soit 15 élèves) et 47% pour les L3 (soit 18 élèves). 
  3. Une méconnaissance des enjeux du web. Sur les deux niveaux, 63 % des L1 et 66 % des L3, les étudiants ont entendu parler des GAFAM, les connaissent plus ou moins et en ont une “vague idée”. La disparité est plus grande parmi ceux qui reconnaissent ne pas savoir du tout comment fonctionnent les grandes entreprises des GAFAM, et n’en avoir aucune idée : ils sont 27% en L1, contre 18% en L3. Ici aussi les années d’études semblent tout de même améliorer leur connaissance de base. Ce résultat est corrélé au nombre d’étudiants qui affirment bien connaître les GAFAM et s’informer régulièrement : 9% des L1 et 16% des L3, soit le nombre d’étudiants concernés à quasi égalité avec 8 et 6 étudiants. 

Dans les réponses libres sur les GAFAM, les étudiants montrent cependant une certaine connaissance des problématiques actuelles et un intérêt pour ces questions. Ils critiquent le plus souvent : les risques de sécurité pour les données personnelles, la cyberviolence et le cyber-hacèlement, la publicité abusive, la circulation des fake news et la surinformation, la maltraitance des salariés, l’addiction aux réseaux sociaux et leur aspect voyeurisme-intrusif dans la vie des gens. Deux ou trois élèves évoquent la privatisation du web, l’oligopole et le manque de transparence des GAFAM. Ou encore le manque de législation au niveau national et international, ainsi que la faiblesse des États dans l’absence de poursuites pour le paiement de leurs impôts. Si la plupart de ces préoccupations sont légitimes, elles sont aussi certainement insufflées par le climat de méfiance des technophobes face aux usages du numérique dans notre quotidien, très présents dans les médias actuels. Il convient donc de revenir sur ces points avec les étudiants, en nuançant plus finement les problématiques économiques et politiques et en apportant une vision plus positive du numérique.

Usages d’Internet des étudiants : une perception plutôt positive

Notre enquête révèle des tendances plus ou moins similaires aux pratiques des jeunes en général sur les réseaux sociaux, selon les récentes études publiées par le Blog du Modérateur et par les chercheurs. Mais aussi des tendances dont nous entendons moins souvent parler. Chacun utilise Internet en fonction de ses centres d’intérêts. Si les entreprises l’ont transformé à une époque en un eldorado pour y tester de nombreux business models, Internet est tout naturellement devenu pour les jeunes une occasion de plus de se distraire, s’instruire, se faire des amis. Ils ont en moyenne entre 5 et 6 profils sur les réseaux sociaux. 

Concernant leur classement des réseaux sociaux, Instagram est le 1er réseau social utilisé par les étudiants. Ils ont pu exprimer cette préférence dans une réponse libre: Instagram fait plus jeune et moderne que Facebook. Ils y trouvent davantage de créativité, des informations, et même des contacts pour leur vie professionnelles telles que la recherche de stage. La plupart des stars y sont présentes ainsi que leurs influenceurs.ses et communautés préféré.es. Ils aiment y communiquer, poster des photographies, sans beaucoup de texte et des stories en utilisant les filtres, puisque la plateforme est célèbre pour la photographie, la mode, le design. C’est aussi l’endroit où ils vont pouvoir retrouver leurs amis, puisque pour la majorité des jeunes aujourd’hui, leur activité première sur le Web est de se connecter sur Instagram et Snapchat pour échanger avec leurs amis. Ainsi que pour se faire de nouvelles connaissances, par affinités ou par communautés, de manière plus décontractée qu’ailleurs. Facebook est déserté depuis plus de deux ans, il ne sert qu’à garder le contact avec la famille et à s’informer. 

“Instagram est mon réseau social préféré car j’adore partager ce que j’aime et mes expériences par le biais de belles photos/vidéos, tout en suivant d’autres personnes qui m’inspirent et m’informent quotidiennement. “ un.e étudiant.e de L3, info-com.

Pourquoi Instagram plait-il tant aux jeunes ? 

Selon les résultats tirés d’une étude menée par Facebook HQ, qui a étudié l’utilisation d’Instagram par les jeunes, de 13 à 24 ans en Australie, au Brésil, au Canada, en Allemagne, au Royaume-Uni, aux États-Unis et en France: 72% postent des photos chaque mois, autour de quelques sujets forts qui trouvent tous une place forte dans la vie des jeunes : la mode / la beauté, la nourriture / les restaurants, la télévision / les films, les loisirs ou encore la musique. Et comme une suite logique de ce constat, 53% des jeunes de cette étude déclarent qu’Instagram les aide à définir qui ils sont. Plus précisément, 63% des jeunes utilisent le réseau social pour les aider dans leur vie. 56% se sentent plus connectés avec les gens qu’ils connaissent et 52% disent qu’ils se sentent intégrés à une communauté, grâce à Instagram. Enfin, last but not least, tout bon pour les marques, 68% des jeunes interagissent régulièrement avec des marques, avec principalement la visualisation, le like de photos mais aussi la visite de site web…

Messenger est la 2e application la plus utilisée par les étudiants, à 60 % pour les L1 et 84% pour les L3, pour échanger avec leurs famille et amis, textos et photos. Communiquer avec ses amis étant la première de leur activité, 76% pour les L1. Le chat en live est extrêmement utilisé par les jeunes pour communiquer entre eux. A noter évidemment que cette fuite de Facebook n’est pas si grave, puisque ces quatre plateformes, Instagram, Messenger, Whatsapp (utilisée à 13% pour les L1 et 42% pour les L3) et Facebook font parties de la même compagnie Facebook HQ en Californie, formant ainsi un oligopole d’une puissance inégalée sur les réseaux sociaux. Cet usage est enfin normal dans une société connectée et renforce les liens sociaux, sans les remplacer par la virtualité. En effet, 43% des étudiants en L1 et 55% des L3 préfèrent passer leur temps libre à voir leurs amis en vrai IRL (In Real Life). Les relations amicales et sociales en réel, demeurent essentiel pour les étudiants, n’en déplaise aux détracteurs des réseaux sociaux, les jeunes ne sont pas si addicts et obsédés par leur portable, puisque lors de leurs rencontres, ils les laissent de côté pour profiter du moment présent. 

Discover sur Snapchat diffuse des médias au format exclusif pour la plateforme

A part égale, Snapchat est en 3e position pour les L1 à 56% et en 5e position pour les L3 avec 50% (57% des 11-19 ans en France). Les raisons principales sont le chat avec les amis, le chat de groupe, être sur un réseau dédié aux jeunes, moderne et dynamique, et s’informer sur Discover, format unique dédié d’actualités disponible sur Snapchat, pour 25% des étudiants de L1 et 13% seulement de L3. Cela correspond aux habitudes des jeunes, mais on voit qu’avec l’âge, les jeunes ont tendance à mettre de côté Snapchat, au profit d’autres réseaux comme Twitter pour s’informer.

La 4e position revient à Youtube à 52% et 55 %, pour sa créativité musicale et vidéos, la présence de chanteurs.euses sur ce juke box géant dans la poche, d’influenceurs.euses et de youtubeurs intéressants.tes ou drôles, la musique et l’humour étant les premiers vecteurs d’attraction et d’usages pour les jeunes. Il est très intéressant de voir que Youtube est aussi un support essentiel d’information et d’accès à l’actualité (voir infographie). Pour 38% des étudiants de L1, et pour 58 % des L3, les étudiants s’informent de plus en plus sur Youtube à mesure qu’ils avancent dans leurs études “Pour la variété des informations que l’on peut trouver et la culture qu’on peut acquérir (science, histoire…)”. On le sait, Youtube et les nouveaux médias, sont un nouveau canal important d’informations alternatives que l’on ne trouve pas sur les chaînes traditionnelles, et même de formation. Ils permettent de s’informer par soi-même, selon ses thématiques préférées, d’avoir accès et surtout de partager ces informations à leur guise. Les jeunes sont ici beaucoup plus acteurs du Web 2.0, ce nouvel eldorado, et acteurs de la “culture participative” qu’on ne le pense, en choisissant leurs contenus, en créant des collections et favoris, en s’abonnant à des chaînes, en allant à la découverte de nouveaux contenus et en les partageant à leur cercle.  

En 5e position, Twitter est utilisé par 38% des étudiants de L1, et 55% en L3, ce qui le place en 4e position pour eux. Ces chiffres sont au dessus de la moyenne, montrent un attrait de plus en plus fort pour l’application qui monte à mesure que l’on avance dans les études. L’information, que ce soit l’actualité ou les dernières nouvelles de leurs idoles ou influenceurs, et les échanges d’hashtag avec les amis, y est plus immédiate et actualisée que sur les autres plateformes. Le prisme mondial apporte une plus-value à l’expérience utilisateur. Le feed ne se limitant pas au cercle d’amis, des informations émanant de personnes de tous horizons sont disponibles sur la timeline. L’aspect public de la plateforme combiné à la rapidité de diffusion de l’information (via le Retweet) créé un sentiment d’appartenance à une communauté mondiale. Selon les étudiants, Twitter est apprécié pour la “diversité de son contenu”, pour un “usage personnel et professionnel, il y a de tout (humour, actualités…)” et “beaucoup d’informations”, pour sa “communication simplifiée”, “pour commenter les sujets d’actualité et parler librement”, les “personnalités transmettent directement leurs informations” et en plus “ce réseau n’est pas utilisé par tout le monde” (c’est à dire les parents). Enfin Twitter est “plus libre, plus direct, plus d’interaction, on choisit mieux les sujets intéressants.” Il permet de confronter les opinions divergentes: “La pluralité des sources. Notamment Twitter, il est possible de suivre des personnes avec des idées totalement opposées. Et ainsi de les confronter.”

Tweetdeck de Tweeter

Twitter abolit également la notion « d’amitié » inhérente à Facebook, un avantage qui a séduit Eva, 16 ans: « Sur Facebook il y a la barrière du ‘devenir amis’ alors que sur Twitter il est plus facile d’avoir une connexion avec d’autres internautes pour commenter les nouvelles ou simplement rigoler », explique-t-elle. Lydia, 17 ans, aime quant à elle, « le fait d’être lu par des personnes que l’on ne connaît pas, et qui, de ce fait ne nous jugent pas. Cela me donne une liberté que je n’avais pas ou plus sur Facebook. »

« La nouvelle popularité de Twitter attire forcément les jeunes, explique Laurent Karila, psychiatre spécialiste des addictions. Mais ce qui les séduit, c’est aussi que Twitter va plus vite que les autres réseaux sociaux, y compris Facebook. » L’instantanéité et le flux continu de messages captivent les natifs du digital. 

En 6e position se trouve Facebook, de moins en moins fréquenté par les jeunes, trop désuet, pas assez rapide, trop envahis par les parents et la famille. « Les ados quittent en masse Facebook à mesure que leurs parents et professeurs s’y mettent », constate Yann Leroux qui se décrit comme « psychologue et geek ». Les jeunes l’avouent dans leurs tweets. Les parents sont devenus gênants avec leurs demandes en amis. Alors direction Twitter ou Instagram, réseaux sociaux qui échappent encore à leur contrôle et où, contrairement à Facebook, ils ont droit à l’anonymat. 

Malgré cette érosion de Facebook, les étudiants l’utilisent pour s’informer en 3e position après les sites de journaux en ligne et après la TV qui garde une place solide malgré tout. Cela en raison des habitudes familiales, et sans doute la difficulté à trouver de l’information d’actualité sur les autres applications. 

Comment les jeunes s’informent ? Un fort intérêt pour l’actualité, mal exploré

    Dans leurs pratiques, les jeunes montrent un fort intérêt pour l’actualité qui arrive en 5e position de leurs usages d’Internet. Ils s’informent d’abord directement sur les sites web des journaux à 61% pour les étudiants de L1, et 81% des L3. La 2e source d’information reste la TV télévision à 60% quelque soit leur niveau d’étude. Cela peut s’expliquer par les habitudes familiales, et se confirme dans les habitudes des jeunes en général, de s’informer en regardant le JT en famille. En 3e position, comme nous l’avons vu plus haut, arrive Facebook suivi en 4e position de Youtube. Les jeunes ici privilégient les réseaux sociaux pour s’informer, en suivant les informations nationales et internationales, les institutions culturelles et associations locales qui n’ont pas de sites web et qui diffusent leurs informations sur Facebook uniquement. Twitter arrive en 5e position pour s’informer, à 38% chez les étudiants de L1 et 58% pour les L3. Là encore, les plus âgés ont davantage d’habitudes informationnelles. Ils fréquentent beaucoup plus les sites d’information et utilisent davantage Youtube et Twitter pour trouver de l’information. Il existe ici une problématique liée au manque de formation dans le recherche d’information, qui s’améliore avec le niveau d’étude. 

Viennent ensuite entre 30% et 25% l’usage de l’information dans la presse papier (30% pour les L1, 29% pour les L3), la radio (29% pour les L1, 52 % pour les L3), Instagram (28 et 29%), les nouveaux médias en ligne (Brut., Konbini… 27% pour les L1 et 34% pour les L3), Discover de Snapchat (25% pour les L1, 13% pour les L3), et enfin via les suggestions de leurs messageries (10%). Malgré ce fort intérêt, des problèmes demeurent dans la méthodologie de recherche d’information. On constate sur le terrain, lors des cours et des TD, une méconnaissance de la RI Recherche d’information, des méthodes documentaires, ainsi qu’une faible exploration des richesses documentaires du web. 

Les étudiants de L1 passent plus de temps sur Internet à se divertir qu’à étudier (57%). Une bonne part restante affirme passer autant de temps à se divertir qu’à étudier (40%). Les étudiants de L3 sont partagés à 50% pile, un groupe passe plus de temps à se divertir et l’autre à se divertir et à étudier à part égale (50%).  

    Dans les pratiques quotidiennes d’Internet, les étudiants L1 l’utilisent avant tout, dans l’ordre, pour: 1. échanger avec leurs amis, 2. écouter de la musique, 3. regarder des vidéos et des films, 4. voir leurs amis en vrai, 5. s’informer de l’actualité, 6. voir ce que les autres ont postés, 7. communiquer avec leur famille, 8. partager des photos ou des vidéos, 9. pratiquer une activité artistique, 10. se déconnecter et enfin 11; s’auto-former en langues ou autre.

Pour les étudiants de L3, les priorités sont un peu différentes (voir infographie), le divertissement culturel, les amis et l’information passant avant le reste: 1. regarder des vidéos ou des films, 2. échanger avec les amis, 3. écouter de la musique, 4. s’informer de l’actualité, 5. voir ce que les autres ont posté, 6. voir les amis en vrai, 7. communiquer avec la famille, 8. partager des photos ou des vidéos, 9. s’auto-former en langues ou autre, 10. pratiquer une activité artistique, 11. se déconnecter. 

Importance de la culture numérique pour les étudiants : pour leurs études en priorité

    Concernant l’intérêt que portent les étudiants eux-mêmes dans la culture numérique (on leur demande rarement leur avis, c’est bien dommage), il est intéressant de voir quel est leur horizon d’attente dans l’acquisition de ces compétences numériques. A quels fins, dans quels buts, pour quels usages dans leurs vies étudiantes, professionnelles et personnelle ? 

Leur 1er besoin et priorité est clairement destiné à leurs études, afin de savoir mieux maîtriser les outils du Web (81% des L1 et 76% des L3). Ce qui est très intéressant, car ils ont conscience de l’importance de la maîtrise des TIC pour avancer dans leurs études. La 2e priorité est d’améliorer leur niveau de culture générale (36% pour les L1, 50% pour les L3, qui semblent en avoir davantage conscience). En 3e priorité pour les L1, il s’agit de faciliter leurs recherches d’orientation et d’emploi (28%), alors que les L3 préfèrent améliorer leur niveau personnel de connaissances (50%). Les deux dernières priorités sont écologiques et professionnelles : la connaissance de l’impact environnemental d’Internet (22% pour les L1, 42% pour les L1), et la construction de leur profil et de leur réseau professionnel (23% pour les L1, 8% pour les L3). Les préoccupations écologiques passent encore devant la création d’un réseau professionnel sur le web, auquel croient encore les L1, mais guère les L3, sans doute déçus par les outils et applications existantes, ou peut-être méconnaissent-ils ce que leur e-réputation peut leur apporter, ou alors ils se sentent peu habiles à manier les outils de réseautage existant ? Ils devraient pourtant se sentir plus concernés par la création de leur réseau et la recherche d’emploi. Pourtant selon notre enquête, 97% des étudiants de L3 ont déjà créé un profil en ligne sur un réseau social professionnel, 71% ont déjà réalisé un CV en ligne, 50% ont déjà animé une page Facebook et 42% ont déjà réalisé un blog ou un site web.  

Conclusion

Veut-on former les e-citoyens et développer les métiers du numérique en France ?

Le niveau des étudiants en culture numérique est encore assez moyen, voire faible, sauf exception de quelques personnes qui s’informent régulièrement et qui se forment par curiosité, par eux-mêmes. La majorité des étudiants sont en effet autodidactes en informatique et en culture numérique. L’enseignement, secondaire et universitaire, n’a pas encore saisi l’importance et le tournant de la révolution numérique. Si bien que les étudiants sont en forte demande de formation dans ce domaine, d’abord pour les faire progresser dans leurs études, pour leur future activité professionnelle, mais aussi pour leur culture générale, et ce que l’on nomme les “soft skills” qui permet d’avoir les compétences nécessaires afin d’évoluer tout au long de sa carrière. Ils ont en effet des méconnaissances graves de notion de base, tels que le fonctionnement d’Internet et des GAFAM, dont ils utilisent pourtant quotidiennement depuis leur 11 ans leurs applications.

    Les jeunes sont très équipés en supports mobiles (smartphone et ordinateurs portables) et très présents sur les réseaux sociaux en vogue, Instagram, Snapchat, Messenger, Youtube, Twitter en majorité, avec une faible part sur Facebook et Whatsapp. Plutôt participatifs mais pas acteurs, leurs principales activités sont d’échanger avec leurs amis, regarder des vidéos, écouter de la musique et s’informer de l’actualité. Ils suivent souvent un grand nombre d’influenceurs.ses, dans l’humour, la mode, le sport, la musique. Ils montrent un fort intérêt pour l’information, l’actualité rapide, à chaud, dans un flux constant de nouvelles données, sur Facebook et Twitter. Adepte de la liberté de s’informer de manière plus personnalisée et plus souple sur Internet, ils n’explorent cependant pas toutes les richesses que peut leur offrir le Web, faute de formation dans la recherche d’information et la veille documentaire. Enfin, concernant leurs besoins, conscients de leurs lacunes, ou parfois trop confiants dans le mythe du Digital natives, ils sont très demandeurs d’une formation adaptée en culture numérique, en priorité pour leurs études et pour leur niveau de culture générale. Alors qu’est-ce que nous attendons pour répondre à ces besoins en formation en culture numérique désormais fondamentaux de milliers d’étudiants ?

A quand un enseignement de culture numérique pour tous les étudiants? L’exemple du référentiel canadien

Comme le préconise Thierry Karsenti, Professeur titulaire en intégration des technologies de l’information et de la communication à l’Université de Montréal au Canada, dans son dernier ouvrage « Le numérique en éducation » (2019) et dans un article sur « Les compétences informationnelles des étudiants à l’heure du Web 2.0 » (2014), les enseignants doivent encourager les étudiants à développer leur culture informationnelle en utilisant les techniques de recherche d’informations ponctuellement, et une veille et un réseautage informationnels continus. Il propose un cadre de référence, adopté en avril 2019 par le gouvernement du Québec, dans le but de former à la culture numérique selon 12 dimensions afin de développer l’éthique et l’esprit critique des étudiants et de mener avec eux une réflexion sur l’impact du numérique dans nos société aujourd’hui et demain:

  1. AGIR EN CITOYEN ÉTHIQUE À L’ÈRE DU NUMÉRIQUE
  2. DÉVELOPPER ET MOBILISER SES HABILETÉS TECHNOLOGIQUES
  3. EXPLOITER LE POTENTIEL DU NUMÉRIQUE POUR L’APPRENTISSAGE
  4. DÉVELOPPER ET MOBILISER SA CULTURE INFORMATIONNELLE
  5. COLLABORER À L’AIDE DU NUMÉRIQUE
  6. COMMUNIQUER À L’AIDE DU NUMÉRIQUE
  7. PRODUIRE DU CONTENU AVEC LE NUMÉRIQUE
  8. METTRE À PROFIT LE NUMÉRIQUE EN TANT QUE VECTEUR D’INCLUSION ET POUR RÉPONDRE À DES BESOINS DIVERSIFIÉS
  9. ADOPTER UNE PERSPECTIVE DE DÉVELOPPEMENT PERSONNEL ET PROFESSIONNEL AVEC LE NUMÉRIQUE DANS UNE POSTURE D’AUTONOMISATION
  10. RÉSOUDRE UNE VARIÉTÉ DE PROBLÈMES AVEC LE NUMÉRIQUE
  11. DÉVELOPPER SA PENSÉE CRITIQUE À L’ÉGARD DU NUMÉRIQUE
  12. INNOVER ET FAIRE PREUVE DE CRÉATIVITÉ AVEC LE NUMÉRIQUE

Il faudrait sans doute prendre exemple sur ce nouveau cadre de références de compétences numériques du Québec publié en avril 2019, car il inclut non seulement des connaissances techniques et pratiques, mais aussi la formation à l’esprit critique, au développement personnel et professionnel en vue d’une autonomie des jeunes adultes, ainsi que la créativité et l’innovation, beaucoup moins présente dans le cadre de référence français. Ce que d’ailleurs les étudiants ont révélé dans notre enquête, le besoin d’améliorer leur compétences numériques pour leurs études et leur niveau de culture générale, ainsi que le besoin de comprendre ce nouvel environnement tout en prenant en compte son impact écologique, préoccupation qui passe avant leur recherche d’orientation ou d’emploi.

Gouvernement du Québec – Le cadre de référence de la compétence numérique – avril 2019
http://www.education.gouv.qc.ca/fileadmin/site_web/documents/ministere/Cadre-reference-competence-num.pdf

Ministère de l’Éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche (France) — Cadre de référence des compétences numériques 2017
https://www.ac-paris.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2017-01/cadre_de_reference_des_competences_numeriques_690478.pdf

Commission Européenne – Passeport de Compétences Informatique Européen (PCIE)

https://www.pcie.tm.fr/static/pcie

*Les Soft Skills sont des compétences transversales, particulièrement développées dans les Sciences humaines et sociales, mais souvent mal connues ou mal identifiées. Elles concernent à la fois la formation initiale et la formation tout au long de la vie. Ces compétences fondamentales et transversales, acquises au sein du cursus et en dehors du cursus, englobent :

  • les compétences cognitives : capacités d’analyse, de synthèse, résolution de problèmes complexes…
  • les compétences sociales : communication, interaction, collaboration…
  • les compétences relevant du développement personnel : conscience de soi, estime de soi, autonomie, adaptabilité…
  • les compétences liées à la mise en action : prise d’initiative, volonté, leadership…

INFOGRAPHIE COMPLÈTE DE L’ENQUÊTE SUR LES PRATIQUES NUMÉRIQUE DES ÉTUDIANTS > Cliquez sur le lien ci-dessous!

https://infogram.com/infographie-usages-numerique-des-etudiants-18-25-ans-etude-l-boyer-1h8n6mqlmq8j2xo?live

Laure Boyer, enseignante chercheur en culture numérique, Université Catholique de l’Ouest, Nantes Contact

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