Les enfants Youtubeurs et influenceurs : un monde parallèle qui nous échappe

Roman sociologique » disent certains, peut-être et alors ? Delphine de Vigan dépeint avec justesse et de manière très documentée un sujet méconnu, pour une fois qu’un roman s’empare enfin du sujet des enfants Youtubeurs, la violence de cet univers numérique qu’est la surexposition de soi à répétition (2 à 3 vidéos par semaine) jusqu’à l’aliénation et surtout la surexposition quotidienne de ses propres enfants jusqu’à la répulsion dans des scénarios là aussi répétitifs et pauvres.

UN AUTRE MONDE « Nous avons eu l’occasion de changer le monde et nous avons préféré le téléachat » STEPHEN KING, Écriture

Le roman « les enfants sont rois » de delphine de vigan : entre fascination et répulsion pour un monde qui nous échappe

Ce roman polar commence avec cette citation de Stephen King, et ne vous lâche plus. Il peut se lire d’une traite, l’histoire vous happe et le style nous embarque dans un rythme haletant. Quand on doit espacer sa lecture, ce roman vous hante et vous percute. On prend en pleine face nos propres habitudes et routines sur les réseaux sociaux, tout en voulant tout à coup en réaction, les mettre à distance. Avec Clara l’enquêtrice procédurière de la Crime chargée de retrouver Kimmy, cet enfant de 8 ans déjà célèbre qui a disparu dès le début du roman, on découvre entre stupéfaction et fascination les coulisses ce monde numérique parallèle de la télé-réalité et des enfants Youtubeurs – influenceurs. Ce qui monte à mesure que l’on avance dans le roman, c’est cette profonde humanité que l’auteure construit avec brio : elle ne juge pas ses personnages, elle les décrit dans une fine analyse psychologique balzacienne qui les dévoile peu à peu, comme les éléments d’une enquête.

« Roman sociologique » disent certains, peut-être et alors ? Delphine de Vigan dépeint avec justesse et de manière très documentée un sujet méconnu, pour une fois qu’un roman s’empare enfin du sujet des enfants Youtubeurs, la violence de cet univers numérique qu’est la surexposition de soi à répétition (2 à 3 vidéos par semaine) jusqu’à l’aliénation et surtout la surexposition quotidienne de ses propres enfants jusqu’à la répulsion dans des scénarios là aussi répétitifs et pauvres. Les enfants doivent jouer constamment un rôle, répéter des phrases stupides, s’extasier devant des montagnes de jouets et se gaver de junk food dans diverses challenges publicitaires, être filmés dans leur chambre, dans leur lit, quoiqu’ils fassent, pour faire des likes, des millions de vues, des centaines de vidéos postés sur Youtube, sans qu’on leur demande réellement leur avis, emprisonnés dans le vide émotionnel de leur célébrité et noyés sous la machine infernale de l’ultra-capitalisme dont ils deviennent les objets. Alors qu’ils n’ont rien demandé. Même si ils semblent y adhérer, pour faire plaisir à leur parents, et parce que les revenus de leur famille désormais reposent sur leurs petites épaules. Leur enfance leur est volée.

Depuis le 20 avril 2021, une nouvelle loi sur l’exploitation commerciale des mineurs de moins de 16 ans donne un cadre aux enfants Youtubeurs et influenceurs sur Internet en France. C’est une première mondiale. Votée et promulguée le 19 octobre 2020 à l’Assemblée, si cette loi n’est pas parfaite et ne sera sans doute pas appliquée par tous, avec les contournements qui existent déjà, mais elle renforce un droit inaliénable le plus fort qui soit, le droit à l’image. Cette question du droit à l’image sera d’ailleurs de plus en plus importante dans les années à venir, face à la multiplication des chaines Youtube mettant en scène des enfants et des comptes Instagram dédiés à des bébés de célébrités ou de la famille lambda, aux influenceurs utilisant leur famille et leurs enfants dans des mises en scène léchées et inquiétantes, pour vendre des produits (voir photos et exemples de merchandising et placements de produits plus bas). Voire même de plus en plus, la diffusion d’accouchements dans des Vlog familly (Mamans célèbres, Baby story).

Delphine de Vigan, Les enfants sont rois, 2021

C’est à l’occasion de l’application de la loi contre l’exploitation commerciale des mineurs de moins de 16 ans sur Internet et de la sortie du dernier roman de Delphine de Vigan en mars 2021, Les enfants sont rois, chez Gallimard, que je viens de lire dans le contexte du 3e confinement, que je vous livre ici un essai de critique, non pas littéraire, mais d’enseignante en Culture numérique et en étude des médias. Ce roman est actuellement dans le top des ventes, ce qui montre l’intérêt du public pour le sujet et pour son talent.

Big brother devient une réalité virtuelle

Le roman débute donc avec le procès verbal de police signalant la disparition d’une petite fille de 6 ans, Kimmy Diore. Lors d’une partie de cache-cache, cette enfant déjà célèbre Youtubeuse de la chaîne Happy récrée, créé par sa mère Mélanie depuis 4 ans, disparaît après s’être caché dans le parking de l’immeuble. Cette disparition avec l’enquête qui s’ensuit forme la trame d’une bonne partie du roman. Et on comprend en avançant que le symbole de la partie de jeu n’est pas choisi par hasard, il a un sens très fort pour Kimmy que l’on préfère même penser plus en sécurité « cachée » plutôt qu’exposée encore et encore sur la Toile. Le motif de cette disparition trouble rapidement le lecteur et nous suspend à l’enquête policière. Kidnapping avec demande de rançon ? Vu la célébrité et les millions que les parents se font sur le dos de leurs enfants cela restera la piste principale, avec le risque d’avoir affaire à un pédophile. Ou bien c’est Kimmy qui est « partie » pour fuir cet engrenage familial qu’elle ne supporte plus, pour retrouver un temps à soi, au calme, loin de la caméra et du bruit des réseaux ?

Le livre met en avant selon moi, 4 personnages principaux : deux femmes qui s’opposent totalement, Mélanie la mère de Kimmy, un personnage vide que sa propre existence ennuie, rejetée par ses parents, en recherche constante d’approbation, donc de likes, pour se sentir exister ; Clara la policière enquêtrice, travailleuse de l’ombre, en marge, célibataire sans enfants, aux allures d’adolescente mais avec un forte autorité, fille de militants de gauche qui a appris à décrypter les images et à forger son esprit critique, à penser les choses et à les questionner, ce qui l’avait mené à devenir une « procédurière » pointilleuse, surnommée l' »académicienne » par ses collègues pour son goût pour les mots justes. Et les deux enfants de Mélanie, Kimmy et Sammy, le grand frère de 10 ans, lui aussi Youtubeur aux côtés de sa soeur, toujours prêt à répondre au désir de ses parents.

Trois temporalités : Trois temps de la vie des images

L’auteure met en scène 3 temporalités : les années 2000, avec l’apparition de la télé-réalité, dont on voit Mélanie va se gaver à 17 ans, jusqu’à vouloir en devenir une candidate ratée. Tandis que Clara la regarde en cachette, tandis que ses parents vont militer et manifester devant les studio du Loft en jetant des poubelles. C’est avec une grande justesse que Delphine de Vigan fait cette généalogie de la célébrité sur les réseaux sociaux. La 1ere émission en 2001, Loft Story a sidéré tout le monde par son concept et son succès. Ce programme a été directement calquée sur l’émission de télé-réalité néerlandaise de 1999 nommé Big Brother. On notera la perfidie de la référence assumée au roman 1984 de Georges Orwell, « Big brother is watching you », que l’on s’est bien gardé par la suite d’évoquer. Le format sera repris en France sous le nom Secret Story pendant 10 ans (2007-2017) et, selon Wikipedia, dans une vingtaine de pays à travers le monde. La société du spectacle ne peut pas à ce point se remettre en question. On fête cette année les 20 ans du Loft et les 70 ans de la mort d’Orwell qui doit encore se retourner dans sa tombe.

« Ses parents s’étaient trompés. Ils croyaient que Big Brother s’incarnerait en une puissance extérieure, totalitaire, autoritaire, contre laquelle il faudrait s’insurger. Mais Big Brother n’avait pas eu besoin de s’imposer. Big Brother avait été accueilli à bras ouverts et le cœur affamé de likes, et chacun avait accepté d’être son propre bourreau. Les frontières de l’intime s’étaient déplacées (…) en échange d’un clic, d’un coeur, d’un pouce levé, on montrait ses enfants, sa famille, on racontait sa vie. Chacun était devenu l’administrateur de sa propre exhibition, et celle-ci était devenue un élément indispensable à la réalisation de soi. »

Les enfants sont rois, p. 227

Cette généalogie donc fonctionne avec les vidéos de ces mêmes candidats qui se lancent influenceurs, des influenceurs beauté ou lifestyle, ainsi qu’avec les enfants youtubeurs qui déballent des cadeaux, se promènent dans les grands parcs d’attractions, réalisent des challenges stupides, prescripteurs à peine cachés des diverses marques qu’ils ont à promouvoir et qui assurent des revenus conséquents à leurs parents. Mais la généalogie s’arrête là pour les « vrais Youtubeurs » qui eux ont voulus casser ces codes de la télé-réalité, s’en sont affranchit pour proposer d’autres types de contenus plus solides : humoristes, coachs sportif, journalistes de terrain, experts en tel ou tel domaine (technologie, culture, histoire, sciences etc.) Une certaine « lassitude » et un ras-le-bol des plus grands Youtubeurs s’est d’ailleurs fait ressentir ces dernières années (Norman), contre un formatage de Youtube vers un retour aux codes de la télé-réalité pour faire le buzz. Il y a eut aussi évidement les nombreux déclins d’anciens candidats de télé-réalité, la plus célèbre étant Loana adulée puis traînée dans la boue. Un personnage du livre, Grégoire Larando, un ancien candidat de Koh-Lanta, amant d’un soir de Mélanie, illustre ce triste sort en devenant un looser dépressif suicidaire. Delphine de Vigan ne ménage pas le destin de ces personnages vides qui après une célébrité aussi éphémère que violente, plongent dans les abîmes de l’oubli.

Cette surexposition et marchandisation des corps et des émotions, continuent d’ailleurs à avoir du succès fou (selon les études ce sont les émissions les plus regardés à la TV, devant le sport, le cinéma et l’actualité) selon les formats exploités à la télévision avec La Villa des coeurs brisés, Koh-Lanta, par exemple, dont sont fans la plupart des adolescents, des jeunes de 20 ans, ainsi qu’un public adulte plutôt féminin. Ils aiment échanger ensemble sur les derniers buzz et clashs entre les uns et les autres candidats. Les recettes du succès de la télé-réalité sont connues et assez simple : la jeunesse, la beauté plastique, l’argent, la popularité, le sexe, le rire, les engueulades. Besoin de « se vider la tête », de se comparer, de se divertir ou de voir ses congénères vivre au quotidien afin de palier le vide de sa propre vie, ou pour tenter de trouver des réponses dans la construction de soi… Mais au fond les éléments fédérateurs des deux côtés de l’écran sont l’appât du gain et la célébrité.

la dictature de la visibilité ou Devenir image pour exister

Le statut de l’image a radicalement changé au début du 21ème siècle à partir du moment où un changement s’est opéré dans la distribution de l’image. Du statut de reproduction de l’image, courant dominant du 20ème siècle notamment analysé par Walter Benjamin, nous sommes passés dans l’ère de la distribution, comme l’expliquent Annie Le Brun et Juri Armanda dans leur essai Ceci tuera cela (Stock, 2021).

Aussitôt produite, une image est immédiatement distribuée dans le monde entier.

L’image a complètement basculé dans le monde de l’argent, qui est la production d’images sans imagination. C’est la pire des choses qui pouvait arriver

Aujourd’hui, l’image est complètement instrumentalisée. Elle est l’arme par excellence du capital : par Internet, elle est à la fois moyen de profit et moyen de contrôle.

Annie Le Brun, Ceci tuera cela. Image, regard et capital, Stock, 2021

La 2e temporalité du roman est le moment présent, l’année 2020 plus précisément lors de l’écriture du roman. Dix ans après l’explosion de Youtube et de la révolution du smartphone ( l’Iphone sort en 2007, Android de Google est lancé en 2008), celui de Tik Tok depuis un an, les Youtubeurs enfants célèbres représentent une centaine de comptes aux USA. Mélanie s’en inspire directement pour créer sa chaîne et mettre en scène ses enfants, en copiant les jeux d’unboxing (déballage de cadeaux, de colis surprises, jusqu’à 20 millions de vues), les Battle (dégustation d’une série de produits issus de la junk food, entre 2 et 6 millions de vues), le Buy everything (achat de tout ce qu’ils veulent dans un magasin, entre 2 et 20 millions de vues), 24h ou le Instagram décide de ta vie (pendant 24h les fans choisissent ce qu’ils doivent faire). En France il existe une dizaine de chaînes célèbres qui créent clairement un certain malaise : Studio Bubble Tea (2 sœurs, 1,73 abonnés, 1,7 milliards de vues, depuis 2014) Swan The voice de Néo et Swan (2 frères, 5 et 8 ans, 5 millions d’abonnés, 1865 vidéos, depuis 2016), Nastya (10 chaînes dans chaque pays), Moi c’est Anthéa, 9 ans (225.000 abonnés, 9 millions de vues). Le Youtubeurs N°1 aux USA est Ryan Kadji à seulement 9 ans (en 2020 il a gagné 30 millions de dollars, cumule 12.2 milliards de vues sur ses 8 chaînes, vend de nombreux produits dérivés à son effigie). Inspirée de ces exemples, surtout les deux premiers quand on consulte ces chaînes, Delphine de Vigan nous plonge dans l’envers du décor de paillettes et des sourires du bonheur d’une famille parfaite.

Mélanie, qui pensait vaincre sa solitude, finit enfermée dans une autre solitude dans un monde virtuel, riche à millions, sans véritables amis mais adorée par sa communauté de fans avec qui elle « partage » en continu son bonheur familial mis en scène, leur joie contrefaite. Cette femme, mal aimée par ses parents, rêve sa vie « embellie par les filtres et les pluies de paillettes » plutôt que de vivre dans le réel et créé autour d’elle une communauté, une famille de cœur, qui la soutient plus que ses propres parents. Cette odieuse exploitation commerciale de ses enfants, dont elle semble ne pas réaliser les risques, est une forme de maltraitance invisible. Ces enfants esclaves, transformés en singes savants, accomplissent un travail harassant qui les isole des autres enfants et les expose au pire.

Une dernière partie du roman se déroule en 2031, dans un dystopie assez proche de nous qui ouvre admirablement le roman dans une dimension futuriste, une projection propre au monde technologique, où l’on se projette toujours dans les inventions à venir, les nouvelles capacités de telle ou telle technologie, l’avenir des réseaux sociaux, leur évolution. C’est d’ailleurs une dimension sur laquelle je demande à mes étudiants de réfléchir. Vers quoi nous allons ? Qu’est-ce que tout cela va donner ? Qu’elles inventions, applications, nouveautés allons nous utiliser ? Lesquelles vont disparaître ? Qu’est-ce qui sera mieux ou pire ? De Vigan elle se demande : qu’est-ce que deviennent ces enfants stars 10 ans après ? Comment vivent-ils leur adolescence et leur vie de jeunes adultes ? Acceptent-ils que leur enfance soit étalée, visionnée encore maintenant des millions de fois sur Youtube et Instagram ?

les enfants youtubeurs : du mythe a la réalité, une maltraitance invisible

« Toutes ces vidéos obéissent au même ressort dramaturgique : la satisfaction immédiate du désir ». Le roman devient rapidement une plongée profonde dans l’univers glaçant de la starification de Sammy dès 5 ans et de Kimmy dès ses 3 ans sur Youtube, puis sur plusieurs chaînes et comptes Instagram que Mélanie créé pour les diverses activités de ses enfants et pour elle-même. « A bientôt mes chéris, plein de poutous et de bisous étoiles » La cadence des tournages et des week-end dans les Meetup ou les parcs d’attractions, les produits dérivés qu’ils doivent aussi promouvoir ( agenda, jeux, carnets, stylos…) les stories que leur mère se plaît à ajouter dans leur tâches les filmant dans leurs moindres geste pour que les fans ne perdent rien de leurs journées, Kimmy et Sammy n’arrêtent pas. Au moins dit leur mère, « ils n’ont pas le temps de s’ennuyer« .

Rapidement, on sent un malaise enfermer ces enfants, et c’est d’abord Kimmy, jolie petite fille aux cheveux blond, la plus adulée, la plus sollicitée par ses fans et par sa mère qui va l’exprimer. « Vous savez ici les enfant sont rois » rassure Mélanie dans des vidéos explicatives, suite à certaines rumeurs qui commencent à se répandre dans le voisinage et à lécole sur l’exploitation de ses enfants, qui ne sortent plus, n’ont plus de copains. Victime elle-même du système qu’elle met en place à leur dépend, systémique de l’idolâtrie et de la fascination qu’elle ressent pour eux, comme des millions de parents qui postent chaque jour des photos et des vidéos de leurs enfants sur Facebook, Instagram ou Tik Tok, sans se soucier de leur avis ni des conséquences que cela peut avoir pour eux, aujourd’hui, demain, quand ils auront 20 ans.

Mélanie vend l’image et la vie de ses enfants à des millions d’abonnés qu’elle ne connaît pas. Elle les exploite pour faire du placement de produit et de la monétisation de contenus, selon les termes du marketing digital. Le monde des enfants stars des réseaux sociaux a explosé depuis une dizaine d’année. Il se développe même encore plus depuis le début de la pandémie il y a un an, puisque la fréquentation des réseaux sociaux bas tous les records. Le dernier rapport de résultats publié en février par Alphabet (Google) a révélé que le chiffre d’affaires publicitaire de YouTube a atteint près de 20 milliards de dollars l’année dernière, soit une croissance annuelle d’environ 30 % malgré les effets de la pandémie sur les dépenses des annonceurs.(Chiffres Youtube et Instagram voir ci-dessous). Des nouvelles plateformes apparaissent, telles que Twitch, Tik Tok et Discord, donnant de plus en plus de place au live streaming qui rencontre un fort succès pour l’interactivité avec les fans.

Peu à peu, Kimmy tente de se soustraire au rythme et au scénarios répétés des tournages des vidéos. Plusieurs personnes déjà l’on remarqué dans son entourage et dénoncent son exploitation. Clara lors de son enquête, remarque en visionnant toutes les vidéos Happy récrée un changement évident d’attitude de l’enfant dans les dernières semaines. Elle aurait envie de la sortir de là, elle voit sa souffrance et sa fatigue : « Kimmy se faisait prier pour tout. Elle oubliait son texte, n’écoutait pas les consignes, et faisait mine de ne pas comprendre. Le principal sujet d’achoppement concernait les tenues qu’elle devait porter. A six ans, sa petite fille refusait catégoriquement d’enfiler jupes, robes, collant et, à vrai dire, n’importe quel vêtement connoté de manière féminine. » Une opposition flagrante au monde pailleté de sa mère. Mais aussi « Indéniablement, le malaise venait de la répétition. (…) Ces dernières semaines, l’attitude de Kimmy s’était modifié. Parfois, il ne s’agissait que d’un détail: une expression sur le visage de l’enfant, un mouvement de recul, un geste interrompu pour tenter d’esquiver la camera. Mais à d’autres moment, le malaise de la petite fille était flagrant. A plusieurs reprises, elle avait eu envie de la prendre dans ses bras. De l’extraire de l’image de la sortir de là. (…) Kimmy semblait chercher à disparaître. » (p. 220) L’hypothèse d’une « fugue » reste plausible, mais à six ans où irait-elle?

Un personnage symbolise aussi ce contre pouvoir et cette résistance à la stupidité mercantile du corps des enfants, c’est le Chevalier du Net. Le Chevalier dénonce cette maltraitance invisible, sourde, destructrice pour les enfants Youtubeurs. Que peuvent-ils dire ? Comment se défendre face à ses propres parents quand on a 4, 6 ou 10 ans ? Comment arrêter cet enfermement et ces pressions ? Car être Youtubeurs est si génial, « tous les enfants rêveraient d’être à leur place, cela les rend si heureux, ils vivent le rêve de leur vie » se plaît à dénier leur mère face aux critiques. Quelques associations existent aujourd’hui – « Stop VEO » Association Enfance sans violences – que l’auteure évoque à travers une affiche, citons aussi UNICEF, E.enfance avec un nouveau numéro 30 18 de signalement de cyberharcèlement.

Il existe des résistances, des mobilisations de parents et d’associations pour dénoncer ces pratiques, des enfants qui décident d’arrêter d’eux même (quand on leur laisse le choix). Il est intéressant de montrer l’exemple de la jeune Youtubeuse Jajoux, qui a décidé d’arrêter son activité l’an dernier alors qu’elle n’avait que 10 ans. Une vidéo captation de sa story expliquant son choix est toujours visible (ci-dessous). Prise de conscience, ras-le-bol de la répétition, d’être trop visible ? Jajoux a eu le choix d’arrêter et elle l’a fait. Plusieurs Youtubeurs dénoncent cette exploitation des enfants tels que Absol (« L’utilisation ses enfants sur Youtube », mai 2016) et Le roi des rats. Je signale en bibliographie aussi plusieurs reportages réalisés sur le sujet qui interpellent depuis plusieurs années. On peut signaler également le témoignage récent d’Anais sur Jeremstar (28 février 2021, 1.2 millions de vues), ex-candidate de télé-réalité harcelée depuis 7 ans par une fan qui menace de kidnapper sa fille. Elle a porté plainte, une seconde audience devrait avoir lieu en mai, mais jusqu’à présent la justice n’a pas condamnée cette fan.

La Youtubeuse Jajoux, 10 ans à l’époque, explique pourquoi elle arrête son activité au bout de 3 ans. C’est une tradition chez les Youtubeurs de faire une vidéo explicative à ses fans lorsqu’on arrête. A l’origine elle l’a fait dans une story sur Instagram dont est issue cette vidéo. Elle explique qu’elle n’a plus rien à dire, qu’elle n’a pas de passion à partager, donc que ce n’est pas la peine de continuer. <https://youtu.be/FsGzNVT7vE0>

La violence se trouve également en dehors de la famille, sur la toile, à l’école et même dans la rue. Les dérives pédophiles sont bien entendues les risques les plus élevés, avec de plus en plus d’affaires révélant des menaces de kidnapping contre des rançons élevées, menaces que l’auteure met en scène avec force réalisme dans sa fiction. C’est également pour ces raisons que la plupart des zones de commentaires sont supprimées sous les vidéos des enfants Youtubeurs. Les déferlements d’amour se mêlent aux déferlements de haine, de jalousies, d’insultes, d’humiliations, de menaces voire de harcèlement dans la virtuel comme dans l’IRL. Les parents ou personnes en charge de la modération sur leurs chaîne effacent ces commentaires afin que les enfants ne le voient pas. Ou bien ils décident de les bloquer, d’interdire les commentaires, ce qui réduit les interactions avec le public des fans, éléments pourtant recherché par les plateformes pour fidéliser et nous faire rester le plus longtemps possible dessus afin de nous vendre de la publicité. Nous verrons aussi que cette activité est un métier (voir encart plus bas), Youtubeurs.e ou influenceur.se, mais que très peu d’entre eux peuvent vraiment en vivre. Le mythe d’un accès rapide à la célébrité et à la richesse s’arrêterait bien vite si les jeunes avaient connaissance de cette réalité.

Qui est responsable ? Vers quoi allons nous ?

Pour Delphine de Vigan, dans une interview, « l’époque est coupable ». Internet peut être un outil formidable comme une sources d’aliénation violente et effrayante. Face à ce monde parallèle impitoyable de la célébrité basée sur du vide, elle encourage à penser et repenser différemment Internet : le roman est un forme de réflexion, elle encourage le débat d’idées, la pensée, car c’est de cette manière que nous trouverons de nouvelles voies pour limiter les dégâts, avoir des usages plus éthiques et moins boulimiques des images et surtout cessez l’exploitation du travail des enfants sur les plateformes qui est encore présenté comme un loisir, alors que c’est un réel travail qui génère des bénéfices conséquents pour la famille, pour les marques et pour les plateformes. Les vidéos doivent faire de 10 à 30 minutes, les plus longues sont les plus rentables pour les plateformes Youtube (Google) et Instagram (Facebook), car un maximum de produits y sont montrés (1 à 2 par minutes) et un maximum de publicités y sont diffusées.

A la fin du roman en 2031, dont je ne dévoilerais pas ici tous les ressorts, Mélanie la mère toute puissante parfaite se retrouve toute seule, mais loin de ses enfants qui ne veulent plus la voir. Elle vit dans une grande maison luxueuse à Sanary, avec des caméras dans chaque pièces, un Loft à elle, pour être filmée 24h/24, et diffusée dans un live stream où ses fans peuvent interagir en direct avec elle. Mélanie fait penser évidemment à une version féminine de Dorian Gray d’Oscar Wilde. Ce personnage qui a fait un pacte avec le diable afin de rester jeune et beau toute sa vie. On ressent le même malaise et on voit un même système complètement décadent décrit dans le roman, que l’auteure projette à dans dix ans, là où Internet et les technologies seront encore plus poussées, encore plus intrusives, et encore plus invisibles, avec des usages banalisés telle que la surveillance de masse, de fait loin d’être éthiques et bon pour tout le monde, à l’opposé du mythe fondateur d’Internet, celui d’une expression libre et celui des possibilités créatrices.

J’espère à travers cet article et les éléments d’informations qui suivent, avoir encouragé le public à lire le roman de Delphine de Vigan, à en avoir montré en tout cas les différents niveaux de lecture, et à regarder désormais autrement ces vidéos d’enfants sur Youtube et sur les autres plateformes. Le 12 juin 2021 ce sera la journée international contre le travail des enfants. Il faut espérer que la loi votée en France fera des petits dans le monde afin de protéger un peu plus dès maintenant et pour les décennies à venir les enfants de ce genre d’exploitation commerciale, sous couvert de sourires, de bien être et de paillettes.

Antonin Laval alias Vash_Yeah, Baka47, peinture, mars 202 https://vvashyeahh.wixsite.com/mon666site/portfolio

Car il en va non seulement de la santé mentale et physique de ces mini-influenceurs, de leur droit à l’image dans le temps, et de leur avenir une fois adultes, mais aussi de la santé mentale et physique de millions d’enfants et de familles qui regardent ces vidéos (16h en moyenne par semaine) : la sédentarité s’étant accentuée avec la pandémie, il n’est pas normal de leur faire croire que le « paradis, c’est passer 24H enfermés dans une salle à balles en mangeant des hamburgers », que la normalité est la surconsommation de jouets made in China, la junk food et l’absence de vie privée. Il en va aussi de l’écologie pour la planète à long terme : production de plastiques de masse, production agricole intensive de viande, enrichissement croissant des Gafam (+ 30 % en moyenne en 2021), absence de sensibilisation aux aliments cancérigènes et addictifs, tout comme l’est d’ailleurs la surconsommation de ces mêmes réseaux sociaux. Même si les parents et les enfants peuvent acquérir des techniques de communication (montage vidéo, animation, web design), celles-ci ne sont pas utilisées pour les bonnes causes, mais pour l’amas de gains, la diffusion massive d’images pauvres et l’accroissement des inégalité par le gavage de l’ultracapitalisme.

Autres romans relatifs au sujet :

Olivier Bourdeaut, Florida, Finitude, 2021, sur les « baby miss » aux USA

Éliette Abécassis, Instagrammable, Grasset, 2021, sur la dépendance et la violence induites par les réseaux sociaux <https://www.grasset.fr/livres/instagrammable-9782246824794>

Aurélien Bellanger, Téléréalité, Gallimard, mars 2021 <http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Blanche/Telerealite>

Bibliographie :

Annie Le Brun, Ceci tuera cela. Image, regard et capital, Stock, 2021 https://www.editions-stock.fr/livres/essais-documents/ceci-tuera-cela-9782234088115 On ne compte plus les critiques de l’ère numérique. Mais elles ont en commun de ne pas voir la nouveauté d’un monde où, pour la première fois, le capital et la technologie se confondent absolument, obéissant à la même croissance exponentielle, avec la même visée de tout réduire à un objet de calcul.

Association Enfance sans violences »STOP VEO », depuis 2018 : appel gratuit au 119 et par SMS au 114 http://stopveo.org/

Canal + : « Youtube le phénomène des enfants stars », Le Tube, magazine média, 25 novembre 2017, 7:51 min (1,8 million de vues) <https://youtu.be/-bb2Ze8W-mc>

Delphine de Vigan, Interview « Les enfants sont rois », Librairie Mollat, 31 mars 20211, 55 min https://youtu.be/p8sCrkIK-4w

France 2 : Envoyé spécial, « Enfants sous influence », 31 mai 2018

Les « enfants-influenceurs » et les réseaux sociaux : L’évolution de l’exploitation des enfants à l’ère numérique, Humanium, 13 février 2021 https://www.humanium.org/fr/les-enfants-influenceurs-et-les-reseaux-sociaux-levolution-de-lexploitation-des-enfants-a-lere-du-numerique/

Loi du 19 octobre 2020 visant à encadrer l’exploitation commerciale de l’image d’enfants de moins de seize ans sur les plateformes en ligne, Vie publique et Legifrance https://www.vie-publique.fr/loi/273385-loi-19-octobre-2020-travail-enfants-youtubeurs-influenceurs-sur-internet

Observatoire de la Parentalité & de l’Éducation Numérique (OPEN) est une association à but non lucratif qui a pour vocation d’accompagner et responsabiliser la communauté éducative dans son appréhension des outils numériques. https://www.open-asso.org/

RTBF : émission Tarmac, « Les enfants influenceurs sont-il exploités ? « , 6 juillet 2020

We report, « Enfants Youtubeurs: derrière le fun, le fric. La loi peut-elle protéger les enfants Youtubeurs ? », Le super média, juillet 2020 https://lesupermedia.fr/2020/08/25/enfants-youtubeurs-derriere-le-fun-le-fric/

Le créateur de Studio Bubble Tea indique sur son Instagram avoir lu le roman de Delphine de Vigan,le trouver très intéressant et instructif. Sur un ton un peu ironique, il précise que bien entendu ses filles ne vont pas avoir le même sort en 2030, même la plus grande aurait commencé à le lire, car cela l’aiderait à prendre du recul sur cette activité. On aimerait tellement y croire.

Youtube, Dopamine d’Arte, analyse les ressorts pour nous faire rester le plus longtemps possible sur la plateforme et nous rendre addict.

Le monde de l’influence

Depuis son existence, la publicité véhicule un modèle de société où le bonheur et la réussite sociale passent par l’achat de biens et de services.Elle véhicule une image du bonheur passant par l’acquisition. L’imaginaire publicitaire vient rappeler que tout peut s’acheter. Pour être heureux, il faudrait posséder et consommer davantage. (rapport Publicité et transition écologique, 2020)

Un influenceur ou une influenceuse est une personne qui exerce une certaine influence sur un groupe d’individus, c’est une personne qui évolue dans le domaine de la notoriété. Cette influence s’exerce principalement sur les réseaux sociaux comme : Instagram, YouTube, Twitter ou encore Snapchat… 
Ce type d’acteur du web est né à la suite du boom des blogs et des réseaux sociaux enregistré dans les années 2010. C’est en créant du contenu (post, vidéo…) que l’influenceur génère des milliers voir des millions de followers.

L’influenceur à un fort pouvoir de persuasion au sein de sa communauté, il est capable d’offrir plus de visibilité à un produit ou même à une marque. En marketing digital, les campagnes peuvent se réaliser sous forme de vidéo, photo ou même de manière textuelle, elles permettent de propulser les opportunités de vente. Le plus souvent les marques exigent des actions autour de nombreux leviers notamment le lancement d’un produit ou service, la notoriété ou encore l’augmentation des ventes.

Sur Instagram les « micro » influenceurs ont entre 1 000 et 10 000 abonnés et peuvent rapporter entre 50 et 100 euros en moyenne par post. Les influenceurs à environ 100 000 followers recevront eux autour de 200 dollars par publication sponsorisée. En moyenne, un influenceur facture un placement de produit entre 200 € et 500 €. Tout dépend bien sûr de la marque, de la cible d’abonnés et de leur nombre. Parfois les marques peuvent proposer des produits gratuits, des voyages, etc.

Le pouvoir des influenceurs est de modifier les comportements d’achat des internautes, que ce soit par la tenue de compte réseaux sociaux (Instagram, YouTube, Twitter…) ou d’un blog. Cette capacité de fédérer autour de sa personne, lui offre la possibilité de recommander de nouvelles tendances à sa communauté et donc un produit ou un service. C’est la régularité de son activité qui lui permet d’influencer le comportement de consommation des internautes qui le suivent. Ils parviennent à construire une relation amicale virtuelle, en donnant l’illusion d’être un proche/ ami de leurs abonnés.

Une grande partie des influenceurs, environ 38 %, ne perçoit aucun revenu de cette activité. Ils sont seulement 30% à toucher plus de 1000 euros par an. 15% des influenceurs sont à temps plein. La majorité des influenceurs ont une activité à côté, environ 35% sont salariés et 22% sont indépendants. Une vigilance permanente : Ils sont observés en permanence, et le moindre propos polémique sera rapidement relayé, et peut conduire à un malaise entre influenceur et abonné (ce que l’on peut appeler un « bad buzz »), jusqu’à parfois ruiner leur carrière dans les cas les plus graves.

Youtube et Instagram : chiffres d’affaire issu de la publicité

L’attachement émotionnel aux influenceurs YouTubeurs est 7 fois plus important qu’avec les autres réseaux sociaux
  • YouTube compte 2,3 milliards d’utilisateurs dans le monde. Le nombre d’utilisateurs YouTube mensuels en France est de 46 millions. Chaque jour, nous regardons un milliard d’heures de vidéos sur YouTube
  • Le chiffre d’affaires publicitaire de YouTube a atteint près de 20 milliards de dollars en 2020, soit une croissance annuelle d’environ 30 % malgré ou grâce au effets de la pandémie. 90% des utilisateurs disent découvrir de nouvelles marques ou de nouveaux produits sur YouTube. Environ 8 marketeurs sur 10 (soit 85 %) considèrent YouTube comme étant la plateforme de vidéo marketing la plus efficace.

Testing de produit: Youtube a été l’une des premières plateformes à favoriser le contact entre marque et youtubeurs, pour que ces derniers testent en vidéo les produits (1ere demande du public). En plusieurs années, certains ont réussi à construire une sorte d’ “empire” autour de leur chaîne, récoltant plusieurs millions d’abonnés. Il y a une véritable professionnalisation du métier, passant de simples vidéos filmées dans sa chambre avec peu de moyen, à aujourd’hui des tournages en collaboration avec des marques, des équipes de productions et des vidéos beaucoup plus complexes qu’auparavant.

Partenariats plus avantageux : Un youtubeur peut monétiser sa vidéo en acceptant qu’une publicité soit diffusée avant ou pendant sa vidéo, le revenu d’une vidéo est calculé via le nombre de vues de celle-ci, mais n’est pas aussi avantageux qu’un partenariat. Il est important de rappeler que ces collaborations avec les marques doivent être mentionnées dans le contenu, afin d’avertir les internautes sur la promotion du produit, qu’il n’est pas mis en avant naturellement et sans contrepartie par l’influenceur. S’il manque à ce devoir il s’agira de publicité déguisée, ce qui est interdit par la loi.

Plus d’interactions sur Instagram : la majorité des youtubeurs existent sur instagram pour maintenir un lien fort au sein de leur communauté et rester sur le devant de la scène grâce à la diffusion quotidienne de stories. Les stories permettent de donner de faire de la promotion de leurs produits dérivés, de leur actualité, de faire des lives, de lancer des concours et des quiz, d’annoncer les dernières vidéos postées…

YouTube a généré près de 20 milliards de dollars en 2020
soit une croissance annuelle d’environ 30%

La Loi du 19 octobre 2020 : une première mondiale

Début 2017, quand ces chaînes « familiales » – ainsi qu’elles se désignent – ont commencé à cartonner, Thomas Rohmer, le président de l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique (Open), s’en est rapidement inquiété : « Ca devenait un modèle et il y a un vrai sujet, complexe, de protection de l’enfance : je n’ai rien contre les influenceurs mais les enfants restent des personnes vulnérables. Et à partir du moment où l’aspect mercantile entre en jeu, on n’est plus dans le loisir, cela devient un travail. » En saisissant la justice en 2018, l’Open a voulu « faire passer un message fort : non pas interdire mais protéger », explique Thomas Rohmer.

L’activité des enfants de moins de 16 ans dont l’image est diffusée sur les plateformes de vidéos en ligne est dorénavant réglementée. Il s’agit de répondre au phénomène croissant des enfants « youtubeurs », qu’ils exercent leurs activités dans le cadre d’une relation de travail ou en dehors.

Les enfants « influenceurs » dont l’activité est considérée comme un travail bénéficient désormais des règles protectrices du code du travail, tout comme les enfants mannequins, du spectacle et de la publicité. Avant de faire tourner leurs enfants ou de diffuser leurs vidéos, les parents doivent demander une autorisation individuelle ou un agrément auprès de l’administration. Ils sont informés des droits de l’enfant et sensibilisés sur les conséquences de l’exposition de l’image des enfants sur internet.

Pour les « zones grises d’internet », lorsque l’activité des enfants « influenceurs » ne relève pas d’une relation de travail, une protection est également prévue. Une déclaration doit être faite, au-delà de certains seuils de durée ou de nombre de vidéos ou de revenus tirés de leur diffusion. Les parents sont également sensibilisés et doivent consigner une part des revenus de leur enfant influenceur à la Caisse des dépôts et consignations.

En l’absence d’autorisation, d’agrément ou de déclaration, l’administration peut saisir le juge des référés.

Par ailleurs, les plateformes de partage de vidéos sont incitées à adopter des chartes notamment pour favoriser l’information des mineurs sur les conséquences de la diffusion de leur image sur leur vie privée ainsi que sur les risques psychologiques et juridiques, en lien avec les associations de protection de l’enfance. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) est chargé de promouvoir la signature de ces chartes.

Le droit à l’effacement ou à l’oubli, prévu par la loi Informatique et libertés du 6 janvier 1978. Sur demande directe des enfants, même mineurs, les plateformes de vidéos doivent retirer leurs vidéos. Le consentement des parents n’est pas exigé. Si l’existence légale de cette possibilité est évidemment une avancée, sa mise en pratique semble délicate concernant des mineurs dépendant matériellement et affectivement de leurs parents. De plus si ces images ou vidéos ont été copiées, elles peuvent encore circuler sur Internet.

Toutes ces mesures sont applicables dans les six mois de la publication de la loi, en avril 2021

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